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Opération Sangaris en Centrafrique le traumatisme des soldats
Publié le vendredi 13 fevrier 2015  |  mondafrique
Intervention
© Autre presse par DR
Intervention militaire en Centrafrique: forces Eufor-RCA,
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Le 5 décembre 2013 la France dépêchait ses militaires en Centrafrique dans le cadre de l’opération Sangaris pour tenter d’enrayer le chaos et pour éviter le scénario d’une vaste zone de non-droit. Plus d’un an après, les militaires sont toujours présents au front. Ceux qui reviennent font état de souvenirs traumatisants, de blessures dites « invisibles » que l'on appelle "syndrome de stress post-traumatique" (SSPT)

La République Centrafricaine marque davantage les militaires français que l'Afghanistan ou le Mali.

Un rapport d’information coécrit par Olivier Audibert-Troin (UMP) et Emilienne Poumirol (PS) et présenté à l’Assemblée nationale le 4 février 2015, révèle que 12% des soldats de l'opération Sangaris en Centrafrique sont atteints de troubles post-traumatiques. Ces troubles sont définis dans le rapport comme « Une effraction de l'irreprésentable dans le psychisme, tel que la confrontation directe à un événement violent et à la mort. ».

Certains facteurs peuvent venir aggraver l’ampleur de cette épidémie silencieuse : «le sentiment d’iniquité, l’incompréhension des décisions du commandement, l’ambiguïté ou l’absence de sens donné à la mission, le manque de soutien perçu, le décalage entre l’attente et la réalité ainsi que le manque de reconnaissance »

En plus des constations et du bilan de ce déploiement, le document apporte un plan d’action pour améliorer le dispositif de soutien psychologique aux victimes.

Environnement plus traumatisant qu’ailleurs

Les images terrifiantes, le sentiment d'impuissance et la nature singulière des combats - pas d'ennemis clairement identifié comme en Afghanistan ou au Mali- font de la Centrafrique une mission hautement traumatisante et complexe. « 12 % des militaires de retour de République centrafricaine présentaient des déséquilibres psychologiques se traduisant par un contact altéré avec la réalité contre 8 % pour l’opération Pamir [Afghaniston NDLR].

Ce résultat n’est malheureusement pas étonnant dans la mesure où le contexte opérationnel réunissait tous les ingrédients pour que l’impact psychologique soit douloureux : horreur de la guerre civile, impuissance relative de la force, volatilité et dangerosité du milieu, conditions matérielles très rudimentaires (…) » Constate le rapport.

Le contexte de cette opération rend la gestion des séquelles plus délicate. Rappelons que contrairement au Mali où la cible était claire, en Centrafrique tout s’entremêle autour d’une tension intercommunautaire et « d’ennemi mal identifié » : D’un côté, on trouve la Séléka («alliance», en sango) un groupe armé composé de rebelles créée en quelques mois au nord du pays et officiellement dissout depuis septembre 2013. Cette faction a réussi à conquérir la moitié de la Centrafrique en quelques semaines, semant la terreur et pillant à tout va.

C’est elle qui a renversé le 24 mars 2013 le président François Bozizé et placé Michel Djotodia à sa succession. De l’autre côté, des milices «anti-balakas» («anti-machettes») se sont constituées, au départ pour s’en défendre. Mais elles ont aussi alimenté le cycle de la violence. Face à cette brouille, la France se positionne en gardien de paix.

L’ancien colonel et écrivain Michel Goya déclarait récemment à ce sujet : "La Centrafrique, ça n'est pas une guerre au sens classique du terme. C'est une mission de stabilisation sans ennemi déclaré. Il faut se méfier de tout le monde, tout le temps. La menace est complexe. Et pour faire cesser le chaos, il n'y a qu'une seule solution, c'est une présence massive. Il faut beaucoup de monde. Or, on n’a pas mis les effectifs suffisants. Loin de là.

Ce qui fait qu'on a placé nos hommes dans une situation délicate. Ils doivent courir d'une explosion de violences à une autre. Ils doivent désarmer les uns, mais n'ont pas le temps de désarmer les autres et s'exposent à des représailles. Cela est très frustrant pour eux, cela procure une grande vulnérabilité, un sentiment d'impuissance. Et c'est très difficile à vivre moralement".

Des moyens limités

Les deux parlementaires regrettent le manque de suivi et de diagnostic des blessés au sein de l’armée « Les moyens sont néanmoins limités à six psychologues, c’est à dire un psychologue pour 15 000 hommes ». D’ailleurs seuls quelques psychologues supplémentaires ont été envoyés pour soutenir les soldats et ce « Sur une journée seulement et dans un cadre "sous l’aile de l’avion" ne se prêtant ni à la normalisation ni à l’apaisement. Beaucoup de personnels, au moins un tiers, n’ont donc pas pu être suivis pour leurs problèmes psychiques ».

Sas de décompression à Dakar

Après des années de passage sous silence, le stress post-traumatique -reconnu en France depuis 1992- est devenu une priorité pour le ministère de la Défense. Les coauteurs de ce rapport Olivier Audibert-Troin et Emilienne Poumirol insistent d’ailleurs sur nécessité que tous les militaires passent un séjour dans un sas avant leur retour (Actuellement, seuls les militaires diagnostiqués en état de détresse ou ayant été déployés sur des terrains spécialement rudes y séjournent).

« Ce fâcheux exemple [opération Sangaris NDLR] est une nouvelle illustration de la pertinence du sas de fin de mission pour permettre une transition en douceur vers la France » argumente ce rapport.

Depuis juin 2014, un sas a été mis en place à Dakar au Sénégal « où les soldats participent pendant trois jours avant leur retour en France à des réunions d’information sur le retour, à des groupes de parole, des séances de TOP et des sorties culturelles».
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