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Gabon: Tour de passe-passe constitutionnel
Publié le lundi 26 septembre 2016  |  Centrafrique Presse Info
Gabon:
© Autre presse par DR
Gabon: Tour de passe-passe constitutionnel
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C’est sans surprise que la Cour constitutionnelle, avec à sa tête, Marie-Madeleine Mborantsuo, a confirmé la réélection de Ali Bongo Ondimba à la présidentielle du 27 août dernier. Elle fait même mieux, puisque la haute juridiction retourne la situation, comme si le requérant était le président sortant. Après avoir rejeté le recours de Jean Ping, les 9 juges ont annulé les résultats de 21 bureaux de vote, où Jean Ping l'avait emporté, dans la province de l’Estuaire, la plus importante du Gabon, démographiquement. Mieux, ils rajoutent quelques voix à Ali Bongo Ondimba.

Alors qu’il était crédité de 49,85%, lors de la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), le 31 août dernier, la Cour constitutionnelle a estimé que Bongo Ondimba avait encore besoin de quelques points, histoire de l’éloigner encore un tout petit peu de Jean Ping. Du coup, elle a confirmé sa réélection dans la nuit de vendredi à samedi, lors d’une audience diffusée en direct sur la chaine nationale, dans une salle quasiment déserte, en créditant Ali Bongo Ondimba de 50,66 % des suffrages contre 47,24 % à M. Ping. Rappelons que le candidat de l’opposition, derrière lequel s’étaient ralliés des barons tels que Guy Nzouba Ndama, Oyé Mba ou encore Léon-Paul Ngoulakia, avait au départ, 48,16% des suffrages. À croire qu’il était important pour le clan du pouvoir en place d’atteindre la barre des 50%, si proche de la majorité absolue qui est de 51%, lorsqu’on sait que le candidat sortant avait été déclaré vainqueur en 2009, avec 41,73 % des suffrages lors du vote à un seul tour.

Une décision qualifiée de mascarade pour certains, « sortie des ténèbres » pour nos confrères de RFI ou encore de « deni de droit » par Jean Ping, qui réaffirme qu’il ne reculera pas et continue de maintenir que c’est lui que le peuple gabonais a choisi le 27 août dernier. Jean Ping en appelle donc à la communauté internationale, qui, elle-même demandait un recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote ; chose qui n’a pas été faite.

Autant dire que cet énième tour de passe-passe des juges constitutionnels passent beaucoup moins bien qu’en 2009, tant cette année, la communauté internationale semble tiède face à cette décision, la diaspora gabonaise reste mobilisée, avec des actions bien précises et bien ciblées, mais aussi avec la ferme détermination de l’opposition coalisée au Gabon, qui ne ternit pas.

Si l’Union Africaine et l’Union Européenne ont pris acte de la décision de la Cour constitutionnelle, le Quai d’Orsay, lui, semble un peu plus tranchant, même si les mots restent prudents…Diplomatie oblige !

En effet, en affirmant que « La France constate que l’examen des recours n’a pas permis de lever tous les doutes. », Jean-Marc Ayrault confirme les « anomalies évidentes » qu’avaient émis les observateurs de l’Union Européenne, mais surtout ce que clamait haut et fort le clan de l’opposition et une grande majorité de la population gabonaise, à savoir que la Cour constitutionnelle a déjà prouvé dans le passé, surtout en matière de contentieux électoral, qu’elle ne penchait que d’un côté, celui du pouvoir en place, d’où son surnom de « Tour de Pise ».

Si nous décortiquons encore un peu plus la déclaration du ministre français des affaires étrangères, qui affirme que « La France demande également à ceux qui continuent de contester les résultats de récuser l’action violente et de poursuivre leurs revendications selon des voies qui ne remettent pas en cause la paix et le bien-être du pays. », que peut-on y comprendre sinon que oui, la décision de la Cour constitutionnelle est contestable et que Jean Ping et le peuple gabonais doivent continuer à la contester ? Mais monsieur le ministre, comment être en paix et dans le bien-être lorsqu’on se sent voler, mépriser et balayer d’un revers de main ? Comment fait-on ? Sans oublier toutes les arrestations arbitraires que subissent de nombreux gabonais depuis maintenant trois semaines ; la dernière en date étant celle de Léon-Paul Ngoulakia ». Ce cousin de Ali Bongo Ondimba passé à l’opposition, ex-patron d’un service de renseignements, qui a été interpellé vendredi à Libreville. Raisons invoquées : il aurait forcé un barrage de policiers et avait dans sa voiture des tracts d’incitation à la violence et une importante somme d’argent.

Aujourd’hui, les grandes villes, comme Libreville ou encore Port-Gentil ressemblent à ces contrées lointaines en état de siège. Des camions de militaires postés dans les différents endroits stratégiques, des fouilles inopinées d’automobilistes et même depuis samedi, des avions de chasse qui survolent le ciel librevillois. Et pendant ce temps, Ali Bongo Ondimba appelle à la réconciliation, au deuil et au dialogue avec les candidats à la dernière présidentielle.

Dans quelques jours, Ali Bongo Ondimba prêtera serment, formera son gouvernement et appellera encore une fois à la paix. Mais même avec tout cela, de nombreux signaux semblent dire que la détermination d’en face ne faiblira pas. Car il souffle cette année 2016, comme un énorme désir pour le peuple gabonais de prendre son destin en main.
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