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Centrafrique : Cour pénale spéciale de Bangui, c’est mal parti !
Publié le mercredi 10 janvier 2018  |  Corbeau News
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© Autre presse par DR
Une cour pénale spéciale en Centrafrique
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LES AUTEURS DE CRIMES DE GUERRE ET DE CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ DEVANT LES TRIBUNAUX


La justice entame, enfin, sa marche implacable !

On ne peut que saluer l’ouverture, à Bangui ce 8 janvier 2018, du procès à l’encontre de trois chefs de bandes armées. Les Centrafricains craignaient à juste titre des manœuvres occultes visant à blanchir des criminels de guerre et auteurs de crimes contre l’humanité.

Cependant, le gouvernement, en décidant leur comparution devant la Cour Criminelle de Bangui, ne veut-il pas les soustraire à la justice de la Cour Pénale Spéciale ? On est en droit de se poser la question. On constate que des manœuvres ont été entreprises au sein du pouvoir pour satisfaire les desideratas inacceptables des assassins, au nom d’une improbable réconciliation. La politique de la main inlassablement tendue du président de la République aux rebelles en vue d’un dialogue n’a pas donné les résultats espérés. Plus le pouvoir cède aux séditieux, plus ceux-ci s’arcboutent et se livrent à des surenchères dans leurs réclamations d’impunité.

La Cour Pénale Spéciale de Bangui, émanation de la Cour Pénale Internationale, est la seule habilité à juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. C’est devant elle, et elle seule, que doivent comparaître les criminels identifiés.



TENTATIVE DE BLANCHIMENT INACCEPTABLE

C’est donc avec la plus grande stupéfaction qu’on a appris la manœuvre qui a consisté à changer de juridiction pour juger Édouard Ngaissonna et Rodrigue Ngaibona (alias général Andjijo) chefs antibalakas, ainsi qu’Abdoulaye Hussein, ancien collaborateur de François Bozizé et chef de la mouvance Sélékas.

Le choix de la Cour Criminelle de Bangui à la place de la Cour Pénale Spéciale de Bangui soulève une légitime interrogation. Comment, d’ailleurs, ne pas aller jusqu’à la désapprobation ? Pour le début de ce procès, qui constitue un symbole fort, le gouvernement n’a pas à intervenir en cherchant à requalifier les monstrueux délits en simple association de malfaiteurs, viols et pillages en bande organisée. C’est une manœuvre de blanchiment stupéfiante et inacceptable pour les nombreuses victimes.

Depuis quelque temps, on assiste en Centrafrique à des arrangements occultes pour extraire ceux qui ont commis des crimes odieux des griffes de la justice. Si c’est le prix indécent exigé par les séditieux pour se désarmer, c’est inacceptable. C’est une haute trahison à l’encontre de toutes les victimes. C’est un retour inacceptable aux pratiques néfastes du passé. C’est, avant tout, une violation de la constitution.

Le président Faustin-Archange Touadera, dans son adresse à la nation lors de son investiture, avait parlé de « RUPTURE » avec le passé. C’était un engagement fort, salué par tous les Centrafricains, qui voyaient là une promesse républicaine de nettoyer les écuries d’Augias qu’était devenue la République Centrafricaine. C’était une déclaration de guerre aux impunités récurrentes et aux injustices sociales abyssales.

Serait-il devenu impuissant au point d’accepter ce changement de juridiction qui aurait été exigé par les rebelles ? Si le président et le gouvernement espèrent ainsi aboutir à la réconciliation nationale sur le dos des victimes, c’est une offense à leur mémoire – et une erreur politique.

La nomination de chefs rebelles comme ministres et conseillers à la Présidence de la République a constitué, elle aussi, une injure à la mémoire des victimes. Elle a, en fait, abouti à l’aggravation de l’insécurité et des massacres. La pensée forte du président de la République, qui considère que la réconciliation nationale est un préalable à la paix, ne peut pas se concrétiser face à des rebelles armés dont le seul but est de conquérir le pouvoir par la force. Le seul préalable valable, c’est le désarmement volontaire et sans condition des bandes armées. Ou celui que le gouvernement aura obtenu par la force.

On peut, en effet, se demander ce que vont penser tous les aventuriers et les prédateurs qui lorgnent sur les richesses naturelles centrafricaines. Est-ce qu’ils ne vont pas conclure qu’il suffit à une bande de mercenaires, hétéroclites mais bien armés, de se livrer à des massacres sur les populations et de terroriser le pouvoir légitime pour prendre sa place ?



STRATEGIE A REVOIR

Alors que les bruits de bottes se rapprochent de Bangui, que des informations alarmantes arrivent de toutes les provinces – les derniers massacres de Paoua sont là pour confirmer le martyre de la population – le gouvernement se terre dans un mutisme insupportable.

Pourquoi les bataillons des FACAS, formés et équipés d’armes russes, ne sont-ils pas encore entrés en action ? Pourquoi n’informe-t-on pas une population angoissée qui attend des réponses et la fin du calvaire ?

Pendant que le pouvoir se calfeutre dans ses bureaux climatisés de Bangui, la population est saignée à blanc par des insurgés barbares. Les citoyens terrorisés n’attendent plus qu’une chose : que le gouvernement prenne, enfin, ses responsabilités. Le président Touadera doit revêtir d’urgence ses habits de Commandant en Chef des Forces Armées Centrafricaines pour sauver la République Centrafricaine d’une disparition amorcée par le comportement odieux d’un chef rebelle, le sanguinaire Noureddine Adam.

Les condamnations et les indignations lénifiantes ne suffisent plus. Les compassions pour les victimes non plus. Des chefs Sélékas et Antibalakas, à qui le gouvernement a délivré des passeports diplomatiques, se pavanent impunément à Bangui et à l’étranger ! Est-ce que ce n’est pas là le signe d’une dérive politique ?

Il faut que le pouvoir se ressaisisse au plus vite. Il faut qu’il affronte les rebelles, les armes à la main, en abandonnant les illusions d’une réconciliation pacifique. Les bandes armées n’en veulent pas. Émoustillés par leur force de frappe, les criminels se comportent en conquérants, en émirs des califats qu’ils veulent installer à la place de la République Centrafricaine.

C’est insupportable. C’est inacceptable.

« Grave est la nuit. Mais l’homme a disposé ses signes fraternels. La lumière vint malgré les poignards. » (Picart le Doux)

JOSEPH AKOUISSONNE
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