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Centrafrique: Un meeting pacifique interdit et empêché par les miliciens du pouvoir soutenus par les forces publiques

Publié le mardi 18 juin 2019  |  letsunami.net
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© Autre presse par DR
Le meeting de la plateforme E Zingo Biani Front uni pour la défense de la nation
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Prévu pour se tenir le samedi 15 juin 2019 sur le terrain de l’ex-UCATEX situé au quartier Combattant dans le 8ème arrondissement de Bangui sur l’axe aéroport, le meeting programmé par la plateforme « E Zingo Biani » – Front uni pour la défense de la nation, n’a pu se tenir. En lieu et place du lieu de meeting, un important dispositif sécuritaire de la police centrafricaine appuyé par les forces de la MINUSCA ainsi que des miliciens du pouvoir dont certains étaient armés et qui se réclament d’un «Mouvement des Requins de Centrafrique» et de la « Synergie centrafricaine », venus manifestement pour provoquer, ont finalement réussi à empêcher cette manifestation pourtant légale et pacifique, dont le but était, selon les organisateurs, d’«éveiller la conscience patriotique» des Centrafricains.

Il fallait s’y attendre. Et pourtant, une demande sous forme de lettre d’information avait bien été envoyée par le directoire de la plateforme E Zingo Biani au ministre de l’Intérieur chargé de la Sécurité publique, le général de brigade de gendarmerie Henri Wanzet-Linguissara. Aussi, lors de sa rencontre avec les organisateurs de l’événement, le membre du gouvernement avait marqué son accord de principe pour la tenue de cette série de meetings. Mais à la surprise générale, le membre du gouvernement va publier un communiqué officiel en date du 13 juin dont la conclusion est «l’interdiction de cette manifestation dont les conséquences risqueraient d’être incommensurables», et de prendre à témoin l’opinion nationale et internationale «sur les conséquences qui adviendraient et qui engageraient l’entière responsabilité morale et pénale de leurs auteurs connus de nos services».

Surpris par cette volte-face du membre du gouvernement, les organisateurs du meeting et la population banguissoise n’ont pas accordé du crédit au contenu du communiqué officiel et ont décidé de se rendre au terrain de l’ex-UCATEX au jour-j et à l’heure convenue. Entretemps, le Mouvement des Requins de Centrafrique (MRC) -la milice progouvernementale installée à Bangui et sa périphérie du nord- a multiplié des communiqués et appels sur les médias sociaux comme quoi ils feront tout pour empêcher par la violence la tenue de ce meeting. Les réseaux sociaux ont été inondés de leurs appels à la haine et à la violence et des tracts ont même été distribués par les requins de Touadéra manifestement décidés à déchiqueter tous ceux qui oseront prendre part au meeting de la plateforme E Zingo Biani. Sur sa page facebook, un des requins nommé Héritier Doneng a affirmé que les requins ont reçu des Russes une dotation de gourdins pour faire face à E Zingo Biani.

Les miliciens du pouvoir ont même osé déclarer que ce sera l’occasion ou jamais pour eux d’enterrer vivant les organisateurs et partisans du meeting de E Zingo Biani qu’ils ont débaptisé ironiquement et intentionnellement en «E LOU ALA BIANI», expression sangö, langue nationale et officielle de la République centrafricaine, qui veut dire «on les enterre définitivement» (sic).
Dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, le siège de l’association culturelle dénommée « Espace Linga Tèrè », a été perquisitionné illégalement par les forces publiques. Une association dénommée « Synergie centrafricaine », fondée et dirigée par le parti au pouvoir MCU, a projeté organiser un méga concert pour la paix et la cohésion sociale sur le même terrain de l’ex-UCATEX où devrait se tenir le meeting de la plateforme E Zingo Biani. Cette association pro-Touadéra a eu droit à toutes les publicités pour la tenue de cette manifestation culturelle à laquelle ont été invités les artistes de la musique moderne et traditionnelle, et les autres artistes de la place. L’objectif de ce méga concert était de « barrer la route » au projet de meeting de E Zingo Biani, et donc de créer des occasions pour qu’il y ait des affrontements entre les partisans de la plateforme E Zingo Biani et ceux de la milice MRC et l’association satellite Synergie centrafricaine proches du parti présidentiel MCU.

Le soir du vendredi 14 juin, les secteurs Combattant et Ngöngönön allant du croisement du 8ème arrondissement au marché Combattant ont commencé à être quadrillés par les forces publiques notamment la police et la gendarmerie nationale jusqu’au samedi 15 juin à midi. L’avertissement était clair et net: PAS DE MEETING. Mais à 14h, les organisateurs et adeptes de la plateforme E Zingo Biani ont bravé l’interdiction pour se rendre au lieu du meeting à travers une marche populaire de quelque centaines de mètres pour se rendre audit lieu. Parmi les leaders et organisateurs de l’événement se trouvaient:
-Alexandre-Ferdinand N’Guendet, président du parti RPR, ancien chef d’Etat de transition par intérim et ancien président du parlement de transition (CNT 2013-2016), ancien allié du président Touadéra, membre fondateur de de la plateforme E Zingo Biani;
-Joseph Béndounga, président du parti MDREC, ancien ministre et ancien Maire de la ville de Bangui, opposant professionnel, membre fondateur de la plateforme E Zingo Biani;
-Jean Serge Bokassa, président de l’association politique Kodro ti mo kozo si, ancien ministre et ancien député, candidat malheureux à la présidentielle de 2015, ancien allié du président Touadéra, membre fondateur et porte-parole de la plateforme E Zingo Biani;
-Dominique Yandoka, président du mouvement politique ITA (Initiative pour la transformation par l’action), ancien allié de Touadéra, membre fondateur de la plateforme E Zingo Biani;
-Sabi Mandjo, Membre du Conseil Economique et Social, Secrétaire général du parti URCA d’Anicet Georges Dologuélé, membre fondateur de la plateforme E Zingo Biani;
-Sosthène Guétel-Dilamkoro, Inspecteur des douanes, président d’un parti politique membre fondateur de la plateforme E Zingo Biani;
-Gildas de Carême Benam, membre du bureau politique de l’association politique Chemin de l’espérance d’Abdou-Karim Méckassoua, membre fondateur et rapporteur général de la plateforme E Zingo Biani;
-Gervais Lakosso, Coordonateur général du Groupe de travail de la Société civile sur la crise centrafricaine (GTSC) et de la plateforme E Zingo Biani;
-et autres leaders du Collectif des leaders politiques et sociaux (CLPS), membre de la plateforme E Zingo Biani.

A 14h 45 minutes, il y’a eu un face à face entre les leaders de E Zingo Biani précités et les forces de l’ordre venues manifestement empêcher la tenue du meeting sur le terrain de l’ex-UCATEX. Et pendant que des pourparlers étaient engagés entre les chefs de l’unité de la police et les organisateurs du meeting qui se trouvaient au premier rang de la marche de la foule, des tirs à l’arme automatique ont été entendus. La tension était vive au sein des manifestants qui demandaient aux policiers de laisser le meeting se tenir et d’aller s’occuper des rebelles Sidiki, Alkatim et Ali Darass en provinces. «Nous sommes les mains nues et nous venons seulement pour écouter le message de E Zingo Biani. Pourquoi vous nous empêchez? Pourquoi vous n’allez pas faire ce que vous êtes en train de faire contre les mercenaires étrangers qui ne cessent de tuer nos compatriotes à Paoua, Bocaranga, Alindao, Zangba, Kaga-Bandoro et ailleurs?», lance avec colère un des organisateurs du meeting aux policiers.

L’attroupement devenant de plus en plus sérieux, on a remarqué que les abords du terrain de l’ex-UCATEX étaient remplis de manifestants et quelques curieux tandis que tout l’intérieur était sous occupation armée. Les forces de sécurité intérieure et les véhicules de la Minusca auraient occupé les lieux depuis 6h du matin, apprend-t-on de sources locales et officielles dignes de foi. Et tout à coup, patatras… !!!

Des détonations de grenades et d’armes automatiques de dissuasion se sont fait entendre. C’était le sauve-qui-peut. Et dans leur fuite, certains manifestants ont été blessés. Plusieurs manifestants dont des organisateurs du meeting ont été brutalisés par les forces de l’ordre manifestement sur les nerfs.

L’ancien ministre Joseph Béndounga et deux journalistes reporters de l’Agence France Presse (AFP) ont été interpellés par l’OCRB pour se retrouver ensuite à la Brigade criminelle sous bonne escorte policière. Et pourtant, ces journalistes sont accrédités auprès du ministère de la Communication et des médias et n’ont fait que leur travail de journalistes. Leurs matériels de travail ont été détruits par les policiers.

Finalement, le meeting n’a pu avoir lieu et le terrain de l’ex-UCATEX s’est transformé en garnison militaire. Les requins et adeptes du parti MCU ont crié à la victoire.
Face à cette situation, plusieurs questions méritent d’être posées: pourquoi le ministre de la Sécurité publique avait marqué son accord pour que le meeting se tienne à la date et au lieu initialement indiqués avant de se rebiffer? Pourquoi interdire une manifestation pacifique prévue par la Constitution mais tolérer les agitations d’un groupe criminel dénommé «Mouvement des requins de Centrafrique»? Pourquoi utiliser des armes contre une opposition démocratique non armée et, par ailleurs, laisser faire des groupes armés criminels dans l’arrière-pays voire au Km5 en pleine capitale? Pourquoi arrêter des journalistes qui ne font que leur travail de reportage? Est-ce parce qu’ils sont de nationalité française qu’ils sont malvenus en Centrafrique? L’Accord de Khartoum auquel le régime Touadéra s’accroche tant a-t-il mis entre parenthèse la Constitution de la République centrafricaine du 30 mars 2016, l’Ordonnance de février 2005 relative à la liberté de la communication en République centrafricaine, et l’Ordonnance de juin 2005 sur les partis politiques et le statut de l’opposition en RCA? Pourquoi les meetings et campagnes meurtrières des groupes armés du Km5 à Bangui, de Bambari, de Paoua, de Bocaranga, d’Alindao, de Zangba, de Mobaye, Ippy, Ngakobo, Dilapoko et Bohong ne sont jamais empêchés par la coalition FSI-Minusca comme le meeting de E Zingo Biani du 15 juin dernier? Sommes-nous vraiment dans un Etat de droit?

Affaire à suivre.

Mesmin Madidé-Aladila
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